Traversée gravel de la Bretagne par la Vélodyssée

Une épopée sportive de 3 jours en gravel sur La Vélodyssée

L'équipe de l'agence de voyage Abicyclette Voyages, spécialisée dans l'organisation de séjours à vélo en France & en Europe, s'est lancé un challenge : traverser la Bretagne à vélo en plein hiver, et ce en 3 étapes.

Les valeureux voyageurs ayant accompli l'aventure reviennent en récit sur ce périple gravel :

Equipe Abicyclette - Traversée gravel de la Bretagne

Récit de ce voyage à vélo en Bretagne :

Le « Manche Atlantique » que nous souhaitions parcourir nous offrait l’opportunité de traverser la Bretagne du Nord au Sud.

Un « Mer à Mer » est toujours un voyage, une aventure qu’il fasse 20, 200 ou 2 000 km.

Il nous plaisait l’idée d’emprunter des voies historiques de la Bretagne. Il nous intéressait de parcourir la fameuse Vélodyssée sur laquelle nous organisons chaque année plusieurs dizaines de voyages pour des voyageurs à vélo, venus du monde entier pour s’offrir un parcours hors de la circulation automobile, paisible le long des rivières et canaux

 

Nous pensions préparer un challenge hivernal en organisant nos 3 étapes représentant un total de 490 KM, du 22 au 24 février. Nous nous étions trompés, l’hiver est un souvenir que nous conterons à nos petits enfants. De 2°C au départ à 18°C au cœur de l’après-midi, nous avons traversé une canicule. Ces conditions agréables pour un cycliste, ne sont pas toujours en adéquation avec l’idéal planétaire et polaire. En attendant, il faut bien avouer que c’était bon de laisser l’imperméable au fond, tout au fond de notre sacoche de bikepacking.

Lever de soleil sur le phare de Roscoff - La Vélodyssée

 

Le gravel est une nouvelle forme de pratique cycliste qui offre les avantages de passer presque partout, à l’image d’un VTT, en conservant légèreté et efficacité du vélo de route. Le compagnon idéal pour couvrir de grandes distances sur des voies de différents revêtements, de différentes qualités. Les nouvelles sacoches de bikepacking offrent la possibilité d’une autonomie confortable en voyageant léger. L’autonomie sans rien perdre de ses sensations sportives.

 


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C’était notre façon moderne de traverser la Bretagne par des voies historiques nouvellement dédiées aux pratiques douces itinérante.

 

Le rendez-vous est donné au lever du soleil sur le port de Roscoff, départ de la 1ère étape de La Vélodyssée, au pied du phare. La lumière est superbe et conforte notre motivation à prendre le départ.

Tourné vers la mer, nous regardons monter au dessus de la Manche et des maisons des marins cette grande boule rouge flamboyante.

Suivant le très bon fléchage de La Vélodyssée, nous nous faufilons sur les petites routes des Johnnies, les vendeurs d’oignons qui ont fait l’une des réputations du maraîchage du Léon. Aujourd’hui c’est une forte odeur de chou qui entoure ces petites routes de charme bordées de murets de pierres où l’herbe pousse au centre.

C’est un week-end de gros coefficient, 114 exactement.

Quand la route devient mer

La mer est remontée et s’est offerte l’un de nos chemins.

Nous traversons Morlaix. Sous les viaducs, nous nous sentons petits. Ils en imposent drôlement par leurs tonnes de granit et d’acier.

Nous laissons les odeurs de croissants derrière nous et attrapons les petites ruelles que nous indiquent La Vélodyssée. La sortie de la ville est sportive et permet de grimper sur cette ancienne voie de chemin fer, réhabilitée en voie verte, qui relie la mer à Carhaix et au Canal de Nantes à Brest.

A Carhaix, l’estomac appelle au ravitaillement des hommes. La brasserie Coreff, face à la gare devenue uniquement routière, finit de nous convaincre que la ville est propice à un rafraîchissement. Il fait 17°C, sans doute plus au soleil. Oui nous sommes bien un 22 février en Bretagne…

A proximité de la terrasse où l’on nous sert la pression du cru, nous retrouvons Bobet, Hinault, Robic et quelques autres

Nous rendons hommage aux champions bretons qui ont marqué l’histoire du cyclisme, qui contribuent à ce que cette Bretagne que nous traversons aujourd’hui soit indéniablement une terre de vélo.

Statues de cyclistes

Carhaix a toujours été un carrefour. Dès l’époque romaine quand la ville était capitale. Aujourd’hui pour les cyclistes qui doivent décider entre la Voie n°7 Bretagne qui descend sur Concarneau (« Tiens ! un autre Mer Océan à parcourir. ») et La Vélodyssée. Quelle ne fut pas notre surprise de trouver ici un panneau indiquant « Nantes ». A plus de 330km de l’ancienne cité des ducs de Bretagne, nous nous attendions à une autre indication. Pas sûr que sur toutes les autres indications routières que compte Carhaix, on ne trouve la direction de Nantes ! Pourtant, cela ne pouvait être plus clair, Nantes était à droite, il nous fallait tendre le bras et suivre cette voie. Nous avons retrouvé cette indication en arrivant au bord de l’eau. A droite, Brest, à gauche, Nantes et les premiers coups de pédales des 286,2 km à parcourir le long du fameux Canal de Nantes à Brest.

 

Cet itinéraire est plat. Enfin presque, à moins que simplement il ne le soit pas vraiment. La circulation de l’eau à travers ce paysage vallonné a certainement demandé à de grands ingénieurs des calculs que nous n’oserions poser aujourd’hui à un ordinateur.

Canal de Nantes à Brest à vélo - Vélodyssée

Les écluses forment des marches d’escalier. Sur le halage, nous devons suivre cette ascension. Les courbes et la hauteur des marches nous empêchent d’avoir une vision globale sur l’effort à fournir et le nombre de paliers qu’il reste à atteindre. Une relance après chaque écluse pour relier la suivante nous donne l’occasion de danser sur nos machines, soulageant ainsi nos arrières trains, mais aussi nos épaules qui se raidissent au fil des kilomètres.

Le point culminant est atteint. Il s’étale sur une distance de 3km et prend le nom de Tranchée des Bagnards. Sans eux et leurs efforts bien supérieurs à ce que nous réalisons aujourd’hui sur nos bicyclettes, pas de liaison continue de Nantes à Brest.

Imaginer le chantier : 700 personnes, pendant 9 ans, creusant sur 23m de profondeur et sur 100 mètres de large. Non, vraiment, ce n’était pas mieux avant.

 

Nous profitons bientôt d’un faux plat, oui, encore un, descendant cette fois-ci, pour relier l’Abbaye de Bon Repos. Cette grande façade est impressionnante. Il faut dire que depuis des kilomètres, nous ne croisons que de charmantes petites maisons éclusières. L’imposante bâtisse n’a plus de fenêtre. Au loin, depuis le canal, elle est un peu comme une maison fantôme. Elle attire, elle questionne, elle ne laisse pas indifférent. C’est une surprise pour la majorité de nos compagnons d’échappés, nous allons dormir dans les anciennes dépendances à quelques mètres de cette abbaye mystérieuse.

Nous y trouvons exactement ce que le lieu dit indique, ce que nous sommes venus chercher, un bon repos.

 

Étape 2 : de Saint-Gelven à Redon

 

L’abbaye est encore plongée dans le noir au moment du réveil. Ce matin, nous n’aurons pas la douceur qu’apporte la Manche sur la côte bretonne. Nous franchissons le porche de ce lieu unique et rejoignons notre parcours. On nous avait prévenu, le départ offre une côte abrupte, le réveil musculaire est tonique. Notre route ce matin se fait en parallèle du chemin de halage.

 

Quelques kilomètres après l’abbaye, il est noyé depuis les années 30, sous le Lac de Guerlédan, nécessaire à l’édification d’un barrage hydroélectrique. Sur les hauteurs, nous retrouvons une ancienne voie de chemin de fer d’où nous profitons d’un rougeoyant lever de soleil. De gare en gare, elle nous conduit à Mûr de Bretagne. La désormais célèbre Côte de Méné Heiez qu’emprunte le Tour de France n’est à quelques centaines de mètres. Mais ce n’est pas au programme de notre traversée. Nous reviendrons.

Traversée d'écluse à vélo sur le Canal de Nantes à Brest

Nous plongeons alors sur le territoire du Morbihan. Cette frontière départementale est difficile à identifier précisément sans carte. Paysages et aménagements changent. Nous quittons doucement la Bretagne nord pour le sud.

Du pied du barrage, nous retrouvons le canal de Nantes à Brest qui dans sa traversée sous marine à rencontré le Blavet, le fleuve qui traverse la Bretagne jusqu’à Lorient. Son cours est plus agité, plus naturel que ce que nous avons longé avant Bon Repos. 

A vélo, nous profitons des couleurs de ce beau matin d’hiver.

Ici et là, quelques vestiges d’une industrie d’un autre siècle, à l’architecture si photogénique, nous charme.

Pontivy nous offre le premier café de la journée, en terrasse et au soleil. Premier jambon beurre aussi. Le petit-déjeuner était léger ce matin.

 

Nous entamons alors une succession de 3 étapes de 25 kilomètres, où les villes étapes sont l’occasion d’une pause touristique et/ou gourmande. 25 km jusqu’à Rohan et les bords de l’Oust, 25 km jusqu’à Josselin et son château, 25 km jusqu’à Malestroit classée petite cité de caractère. Lorsqu’il y a 150 km à parcourir le long d’un canal, sans relief, il y a des étapes régulières qui font du bien pour avancer et oublier la monotonie.

 


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Le château des ducs de Rohan à Josselin domine directement le canal comme pour le protéger. Il en impose drôlement. Nous le contournons, grimpons dans le centre ville par les ruelles historiques à la recherche d’un bistrot qui sert en terrasse par les 18°C ambiant. 

Le restaurant de la Duchesse Anne – on ne les compte plus en Bretagne - nous présente une terrasse orientée plein sud et un plat du jour qui fait l’unanimité. On y retiendra surtout le dessert du jour en ce 23 février : galette des rois frangipane… Décidement, il n’y a plus de saison !

Piste cyclable au bord du Château de Josselin

L’écluse 18 bis symbolise la fin de cette étape. 17H est passé de quelques minutes, Michèle et Frédéric nous attendent dans leur Maison Jaune. Habitué à accueillir nos voyageurs à vélo durant la saison estivale, nous voilà choyé à notre tour par ce couple ô combien généreux et chaleureux.

La bière bretonne est au frigo depuis la veille en prévision de notre arrivée. Le rafraîchissement est très apprécié et nous voilà rapidement à refaire le monde. Nos hôtes nous installent confortablement dans leurs belles chambres colorées et décorées avec soin. Ils nous recommandent un restaurant, petite adresse à 3 ou 4 tables qu’il est indispensable de réserver, ce que Sébastien s’empresse de faire.

Accueil chez Michèle et Frédéric

L’improbable est un restaurant brocante où tout est à vendre, la chaise sur laquelle on est assis, la table sur laquelle repose notre deuxième bière de la soirée (La Merienne, une micro-brasserie locale), l’assiette dans laquelle on mange.

Ici aussi notre voyage nous amène au milieu de trésors du passé. Au menu, de généreuses tartines montagnardes qui sentent bon le parfum d’autres aventures alpestres et des refuges d’altitude. Pleinement rassasié, nous gagnons nos chambres, enclenchons les réveils pour 5h30, et tentons de trouver le sommeil.

Digestion lourde, fatigue nerveuse des 2 premières journées, excitation ou stress, c’est selon, face à l’étape du lendemain annoncée à plus de 200km. Quoiqu’il en soit, chacun a pu compter les heures qui passent et n’a pu s’offrir qu’une nuit agitée.

 

Étape 3 : de Redon à Bourgneuf-en-Retz

 

Il faut parfois savoir être convainquant pour emmener 3 compères dans une étape de 214 km - sur le papier, le compteur, lui, est allé jusqu’à 220. 

Michèle et Frédéric, fraîchement rentrés d’un voyage en Asie du Sud-Est de plusieurs semaines, ne s’étaient pas encore pleinement recalés à l’heure française. Aussi fut-il sans doute moins difficile pour eux, de se lever, afin d’offrir dès 6H du matin, l’un des meilleurs petits-déjeuners qu’il est possible de composer. Nous sommes touchés par l’attention, le soin et la générosité de nos hôtes qui ont répondu bien au delà de nos attentes au challenge qui est le notre sur cette journée.

 

Nous allumons nos lumières, il est 7 h, il fait nuit noir, le départ est donné. Retour au bord du canal, direction Nantes. Les sensations de nuits sont toujours surprenantes, décuplées du fait du regard qui n’apporte plus à l’esprit que des informations incomplètes, partielles, à corriger parfois. Les sensations se renforcent. Petit à petit alors que nous chassons les ragondins qui prenaient le halage pour une plage de sable fin, le soleil se lève offrant les premières lueurs du jour orangées.

Malgré un chemin de qualité inégale sur ces cinquante premiers kilomètres, nous arrivons rapidement à Blain. Le petit-déjeuner encore en digestion dans nos 4 estomacs, nous décidons de poursuivre un peu plus loin avant de s’offrir café et gourmandise.

Dans le groupe, la fatigue se ressent, l’appréhension aussi. Kilomètre 88, cela signifie qu’il en reste encore 126 à parcourir.

Certains se demandent si le corps ou la tête pourra aller au bout, sans trop de souffrance, sans gâcher les plaisirs d’une journée à vélo. Une assiette bien garnie aurait fait du bien au moral.

Gravel sur La Vélodyssée

Le parcours depuis que nous avions quitté Nort-sur-Erdre et le canal de Nantes à Brest était très ludique, mélange de chemins de largeurs variées et de petites routes. Après plus de 280 km en ligne droite sur le halage, nous nous amusons des virages qui s’enchaînent en relançant l’allure chacun notre tour. A ce rythme, Nantes est vite atteint.

 

Nous roulons jusqu’au quartier historique et médiéval de la cité des Ducs de Bretagne, le Bouffay. Nous nous installons en terrasse, sans trop chercher. Il y a des jours où l’important c’est de manger rapidement, tant pis pour les avis. Est-ce le fabuleux crumble ou le fait d’avoir le dîner dans les sacoches ? Quoiqu’il en soit le moral est remonté au plus haut et l’équipe est enfin prête à rouler en direction de l’océan, 70km plus loin.

 

Nous reprenons notre cheminement sur La Vélodyssée. L’itinéraire est déployé sur le coteau sud de la Loire. A travers les villages et bourgs dominant la vallée de la Loire, nous découvrons un parcours plus vallonné que ce que nous avions imaginé. Le poids des sacoches se fait alors plus lourd quand il s’agit de remonter le coteau, mais cela en fait aussi un itinéraire ludique avec une alternance de petites routes panoramiques et de ruelles charmantes.

Nous descendons enfin pour de bon et atteignons le canal de la Martinière. Grande ligne droite plate, l’eau à gauche, puis l’eau à droite, tiens, c’est drôle, ça nous rappelle de lointaines sensations.   

Le pont de Saint-Nazaire commence à se dessiner à l’horizon. Ces deux hauts piliers rouge et blanc annonce l’estuaire de la Loire. L’océan est proche. Le Mer – Océan, bientôt accompli. Nous nous perdons à Corsept et perdons 20 minutes. Nous commençons à regarder la montre, 16H approche, 3H avant le dernier train.

Vue sur le Pont de St-Nazaire par La Vélodyssée

Nos aventures passées voyaient toujours un travail important de préparation d’itinéraire, de recherche de route, voir de chemins ou single tout terrain. Pour la première fois, nous voilà sur un itinéraire entièrement balisé, fléché. Aussi, cette fois, nous n’avions pas pris le temps de paramétrer précisément nos traces GPS. Conséquence, entre les détours volontaires nantais et involontaires de Corsept, nos compteurs kilométriques n’étaient plus suffisants pour nous dire avec précision combien de kilomètres il nous restait à parcourir jusqu’à la frontière et la gare ferroviaire de Bourgneuf en Retz. 

Nous entrons dans Saint-Brévin les Pins. L’océan est là, face à nous, juste à quelques dizaines de mètres, posé sur une belle plage de sable fin. Nous savourons une première victoire.

Le moral est au beau fixe, l’étape Nantes – Saint-Brévin aura été vite avalée, la ligne d’arrivée finale, le sommet de notre montagne, est proche et semble accessible désormais. Une inquiétude néanmoins demeure, combien de kilomètre reste t’il exactement ?

 

C’est alors une course contre la montre avec nos dernières forces qui démarre. Un mélange de stress et d’excitation monte petit à petit et nous pousse à relancer énergiquement après chaque intersection. Et il y en a encore beaucoup des intersections jusqu’à Bourgneuf ? Oui. Le parcours se faufile entre les derniers bourgs et ports historiques bretons et les stations balnéaires qui se sont développées depuis la fin du XIXe siècle. 

Pour rajouter à notre incertitude du kilométrage restant, les panneaux de La Vélocéan, plus nombreux mais communs à ceux de La Vélodyssée, se jouaient de nous, annonçant des distances incohérentes de l’un à l’autre.

La fine équipe

Pornic. Nous passons la barre symbolique des 200 kilomètres. Au loin, sur l’autre quai, nous regardons la longue, très longue file d’attente déjà formée devant la Fraiseraie, le célèbre glacier de la ville. Pour la glace, nous repasserons.

Dans le bourg des Moutiers en Retz, pour la première fois, ce n’est plus une ville que nous indique le fléchage de La Vélodyssée mais à l’image d’une vraie frontière : « Vendée  6 km ». Notre sommet est proche, nous savons désormais à combien devant nous.

 

Nos deux derniers kilomètres bordent l’océan. Et comme ultime récompense, le soleil nous offre le privilège de se coucher à cet instant sur l’Atlantique. Sur la selle, du levé au couché du soleil, nous réalisons la durée de l’effort. Alors même que nos corps fatigués ont trouvé leur rythme et avancent à plus de 30km/h. C’est à cette vitesse que nous atteignons le Port du Collet qui baigne dans les eaux du Falleron, un modeste fleuve sur lequel repose une modeste frontière : administrative entre la Loire Atlantique et la Vendée ; historique : celle de la Bretagne...

« Préparer vos passeports les amis, nous y sommes ! ».

 

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