La Route des fromages à vélo

Un projet : partir à vélo à la rencontre des éleveurs fromagers en France

Claire nous raconte sa Route des Fromages à vélo, un voyage de 6 mois fait de partages, de découvertes et de rencontres avec de nombreux éleveurs fromagers de France qui lui transmettent leur savoir-faire ancestraux et leur passion du fromage.

5000 kilomètres à vélo autour des fromages fermiers

Claire Perrinel a sillonné la France à vélo pour rencontrer les hommes et les femmes qui se cachent derrière la production des fromages fermiers, un produit emblématique de notre territoire.

 

Aujourd'hui, tout un mode de production et certains fromages sont menacés. Le projet de Claire permet de mettre en valeur ces fromages mais aussi ces artisans passionnés qui font perdurer des savoirs faire ancestraux.

 

Nous avons eu la chance de pouvoir discuter avec elle et lui poser quelques questions.

Qu’est-ce qui t'as poussé à faire ce type de voyage, la route des fromages à vélo ?

J’ai débuté mon parcours par un BTS en sciences et technologies des aliments, par rapport à mon intérêt pour la transformation des aliments, que j’ai ensuite poursuivi par une formation d’ingénieur en agroalimentaire. Au cours de celle-ci, je me suis prise de passion pour la transformation du fromage. J’ai donc réalisé tous mes stages dans l’industrie laitière jusqu’à y commencer ma carrière à la laiterie du Val d’Ancenis. J’y ai travaillé pendant 2 ans et demi, avec un poste cependant assez éloigné de la fabrication du fromage.

Route des fromages à vélo
Je me suis ensuite intéressé aux technologies industrielles mais cela m’éloignait de la matière, du produit. En plus de ça, je ressentais un manque de connaissances sur la provenance du lait. Ce sont les raisons qui m’ont poussé à partir découvrir les élevages et les savoir-faire manuels des producteurs fromagers.

Pourquoi avoir choisis le vélo pour se déplacer?

Avant tout pour le rythme, idéal pour m’imprégner des paysages que j’allais traverser et pour faciliter les rencontres. Avant, je pédalais seulement pour mes déplacements quotidiens, excepté deux voyages à vélo sur La Vélodyssée et La Loire à Vélo d’environ 1 semaine chacun. Ma route des fromages a duré elle 6 mois pour 5000km, avec un rythme d’environ 50km par journée de vélo.

 

Il faut d’ailleurs aussi rassurer les gens qui se disent qu’ils ne sont pas capables de faire un tel voyage :

A vélo, chacun peut suivre son propre tempo et faire ce qu’il se sent capable de réaliser.

Le voyage à vélo est en soit presque accessible à tous. Le premier coup de pédale est le plus difficile mais une fois qu’on est parti c’est gagné !

On dit souvent que le voyage c'est avant tout des rencontres. Sur le plan humain, que t'as apporté ce projet ?

Ça a été une très belle aventure humaine, avec les producteurs comme avec les gens croisés sur ma route. J’ai reçu beaucoup de générosité et de bienveillance, que ce soit dans l’accueil ou dans les échanges que j’ai pu avoir. Aussi, par mon projet, je redonnais confiance à d’autres pour accomplir les leurs (à vélo ou non d’ailleurs!).


Les gens venaient souvent me voir et discuter, me voyant avec mon petit drapeau de La Route des Fromages, sur mon vélo avec mes sacoches rouges, tout cela attisait leur curiosité.

Comment as-tu préparé ton séjour ? Ton itinéraire, ton matériel notamment ?

J’ai basé mon itinéraire sur les productions fromagères afin de pouvoir découvrir différents types de fabrication, d’élevage puis aussi selon les régions: aller dans celles célèbres pour leurs fromages mais aussi celles qui le sont moins, comme la Bretagne, afin de tenter d’émailler certains stéréotypes. Avant de partir je m’étais fait un carnet d’adresse, mais il s’est surtout rempli pendant le voyage, chaque producteur rencontré me donnant de nouveaux contacts et adresses à aller voir.

Carte de la Route des Fromages à vélo par Claire Perrinel

Pour la préparation à proprement parler, j'ai débuté 6 mois avant mon jour de départ, mais surtout 1 mois à fond après ma démission afin de trouver des financements auprès de partenaires. Mes 4 partenaires étaient Modul’Agri, Balin, Cesbron et La Cigogne. En parallèle à ça, j’avais lancé un financement participatif et j’ai pu remercier ceux qui m’ont aidé en leur envoyant des colis de fromages grâce au partenaire La Cigogne. Ça m’a permis d’autofinancer mon projet, de réaliser le court métrage et de subvenir à mes besoins sur la route.
Concernant l’équipement, le vélo, les sacoches etc., je me suis surtout inspiré de blogs de voyageurs.

Comment les producteurs percevaient ta démarche et combien de temps passais-tu avec eux environ ?

J’y passais entre 1 journée ou deux, ce qui peut paraître assez court mais suffisant pour suivre un éleveur fromager de la fabrication à l’affinage, voir même parfois jusqu’à la commercialisation (sur les marchés, en boutique…).

 

Au niveau de leur accueil, ils m’ont très souvent invité à partager un repas et même à dormir au chaud dans un lit. J’ai été très bien reçu et je pense que c’est notamment lié au fait que pour faire ce métier, il faut déjà aimer le contact. Ils étaient très curieux de ma démarche, ils disaient que je leur apportais le voyage, l’aventure, alors qu’eux me transmettaient leur passion, leur quotidien, leur savoir-faire. Je sentais qu’ils étaient heureux de pouvoir partager ce travail, et cela créait un vrai lien entre nous.

On parle beaucoup de « crise du lait », il y a eu aussi le scandale récent avec « Lactalis ». Quelle était leur vision sur leur métier et l’actualité ?

J’ai rencontré uniquement des éleveurs fromagers, c’est-à-dire qu’ils transforment le lait qu’ils produisent, puis le commercialise ensuite. Ils n’avaient pas de mal à vendre, en comparaison aux producteurs de lait dits « classiques », qui font eux collecter leur lait par des coopératives ou des industries laitières, et donc sont dépendants du prix du lait qui leur est imposé. En fait, c’est presque 2 métiers complétement différents !

Transhumance sur la Route des Fromages à vélo

Les gens que j’ai vus réussissent à vivre de leur métier décemment. Le plus difficile est surtout les premières années, la mise en place de la production, se faire connaître etc. Une fois cela établi, si on produit du fromage de qualité, les clients viendront naturellement les acheter.


Je suis donc revenu plutôt optimiste après avoir pu discuter avec ces producteurs fromagers. Les consommations évoluent et ils le voient, le ressentent, en positif.

Comment peut-on faire à notre niveau pour soutenir ce savoir-faire français ?

Je pense tout simplement que c’est en consommant les produits, les fromages fermiers. On est les premiers à pouvoir soutenir les modes de production qu’on affectionne. C’est à nous de nous renseigner sur les points de vente à proximité de chez nous, que ce soit à la ferme, sur le marché, dans les AMAP etc. Il y a plein de façons d’acheter des bons produits.


Puis pour sensibiliser les gens autour de nous, il n’y a rien de mieux qu’un bon plateau de fromages en expliquant d’où ils viennent, comment et par qui ils sont faits !

Ton documentaire vidéo a déjà dépassé les 130 000 vues sur Facebook, comment continuer à partager ton message ?

 

Je ne m’attendais pas du tout à ça ! Mon objectif était de le diffuser le plus largement possible pour sensibiliser les gens et ça a fonctionné. Après la mise en ligne de ma vidéo, je regardais régulièrement les commentaires, les réactions et j’étais heureuse de voir que les gens étaient réceptifs par rapport au message, qu’ils étaient touchés par ce sujet.


Je souhaite maintenant davantage intervenir comme je l’ai fait au Salon du Fromage ou au Festival de Voyage à Vélo à Nantes. Il s’agit de pouvoir diffuser le documentaire mais aussi d’échanger, de répondre aux questions autour de ce type de production fromagère. Pourquoi ne pas aussi intervenir dans des écoles par exemple.

Une petite sélection de 3 fromages que tu as goûtés et appréciés ?

Très difficile de répondre … 

Ce que j’aime dans les fromages, c’est leur diversité : en choisir 3 ce serait dommage, il y en a tellement plus qui valent le coup !

Vers où ta route se dirige-t-elle maintenant ?

Je travaille depuis mars dans une des fermes fromagères à laquelle j’étais passé durant mon tour, en Mayenne, le « GAEC du Carré d’Ouailles ». Je fais une saison avec eux et pour la suite je ne sais pas encore, peut-être que je reprendrais une formation.

 

Et pourquoi pas aussi à un moment reprendre la route vers des régions que je n’ai pas pu faire, aller dans les Alpes notamment, que je n'ai vu que d'en bas durant mon voyage. Il y a plein de choses intéressantes en termes de fromages dans les alpages que j'aimerai beaucoup découvrir.

Ton mot de la fin ?

Ce ne sera pas mon mot mais une citation d’Albert Einstein que j’aime beaucoup.

La vie c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre.

Dire aux gens que certes on a tous des peurs, mais pour autant il faut y aller et les barrières tomberont toutes seules au fur et à mesure de nos actions.

Plus d'informations sur La Route des Fromages à Vélo

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